Où suis-je ? Dis-je en me réveillant haletante, dans un sursaut. A oui... A l'hôpital. C'est vrai, je suis toujours attachée à cette poche reliée à ce porte-manteau froid. Froid, comme tout ce
qui occupe cette chambre la nuit.
Mais, tout en restant enfermé dans cette chambre, votre esprit s'ouvre à de nombreuses choses auxquelles il vous sera plus difficile d'accéder à l'extérieur. D'après papi, « Les enfants dans le monde, simplement parce qu'ils sont des enfants, sont déjà des prières. Les plus belles. » Mais en regardant maman, j'ai souvent l'impression, que je lui cause plus de soucis qu'une adolescente. Je suis couvée par son amour, mais même si mes parents veulent être forts pour moi, je sais qu'ils ne le sont pas toujours comme ils aimeraient l'être.
Tout le monde, à ses faiblesses, mais on se bat toujours pour les gens qu'on aime. Alors, c'est dans ces moments là, que je me rends compte que je dois être assez forte, pas seulement pour moi, mais pour eux également. Alors, je reste un moment, le regard dans le vide. Mon esprit se perd dans ma tête, qui est la plus petite poupée russe qui existe dans ma vie, dans ces moments.
Chaque soir, lorsque le rideau tombe, ma chambre d'hôpital devient les coulisses du plus beau des spectacles. Les ombres entrent dans la pièce, et viennent alors me tenir compagnie. Elles sortent mon esprit de la torpeur. Elles pénètrent dans mes pensées et me permettent de ne plus voir la pièce en noir.
Mais, elles sont craintives et lorsque l'infirmière entre pour me piquer encore du sang, elles viennent se blottir tout contre moi. Elles se cachent, ferment les yeux et grelottent contre moi. Je pense qu'elles doivent avoir peur des aiguilles. Une fois la manipulation achevée, l'infirmière me souhaita une bonne nuit, pour la troisième fois, et ce fut également le couvre feu pour mes compagnons de la nuit.
Le soir suivant, elles avaient repris leur esprit et sont revenues me voir. Je leur ai demandé : « pourquoi venez-vous, chaque soir, dans ma chambre, alors que vous avez peur des piqûres ? » Elles sont restées muettes, comme pétrifiées. Je voulais comprendre pourquoi... Mais il était hors de question que les effrayer pour cela. Alors, je me suis excusée et les ai prises contre mon coeur pour les rassurer. Es-ce un éternel défaut ou une énorme qualité de toujours vouloir savoir pourquoi? En tout cas, lorsque ma maman est entrée dans ma chambre, je lui ai demandé pourquoi les ombres avaient peur des piqûres. Mais elle non plus n'a pas pu me répondre.
Qui pouvait m'aider à trouver la réponse à cette question qui prenait de plus en plus d'ampleur dans mon esprit ? Tellement que ma poupée russe était saturée jusqu'à m'empêcher de penser à autre chose. Alors, j'ai cherché... Encore et encore... Un matin, une infirmière est entrée dans ma chambre, pour une nouvelle prise de sang. Elle venait de me mettre un nouveau cathéter et elle était sur le point d'ouvrir le robinet, lorsque j'en ai profité pour lui demander : « Es-ce que vous aimez les piqûres ? » Elle m'a alors confiée que « personne n'aime ça, mais parfois c'est nécessaire... » Cela, ne répondait toujours pas à ma question. Mais, ça aurait était trop facile. Alors j'ai essayé de me mettre à la place de mes compagnons de nuit.
Pourquoi devrais-je affronter ma plus grande peur? Pour qui le ferais-je? Aujourd'hui, j'ai trouvé la réponse... Et ces amis de nuit sont désormais les compagnons d'une vie : la mienne.
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